L’univers est en expansion… et crée une fracture numérique

le 9 mars 2009 par


Il y a deux ans, en rentrant de la réunion d’un club auquel j’appartiens en Californie et qui regroupe en particulier des entrepreneurs et des investisseurs de la Silicon Valley, je m’étonnais d’à quel point les conversations que j’y avais entendues me faisaient penser à la théorie de l’expansion de l’univers.

L’univers est en expansion, les galaxies sont de plus en plus éloignées du centre, et la fracture entre le centre et les extrémités de l’univers augmente. Il en était de même entre les conversations au sein de ce groupe et la majorité des entreprises même américaines. On parlait la bas un langage que la plupart des individus et des entreprises du reste du monde ne comprenaient pas, et la distance semblait grandir.

J’ai cru ensuite que la diffusion des idées de ce centre allait permettre des rapprochements et des changements. En réalité, même si des galaxies se sont éloignées un peu moins vite, l’écart entre le centre et la périphérie reste considérable et va probablement le rester longtemps.

C’est le même écart entre ceux qui expérimentent les nouveaux usages dits du web 2.0 et les autres.

Plusieurs implications notamment pour rebondir sur le billet de Luis.

– La fracture numérique est là pour durer, certains individus et surtout certaines entreprises vont être rejetées aux limites de l’univers et vont disparaître, c’est une loi générale de l’évolution; d’autres vont évoluer.
– Ceux et celles qui vont survivre sont ceux qui pourront adopter à la bonne vitesse les nouveaux usages car alors elles construiront un avantage compétitif. Mais attention la bonne vitesse n’est ni trop lente, risque d’exclusion, ni trop rapide, risque d’explosion ou d’implosion. Car en effet le changement vers les nouveaux usages (comme tout changement) n’est pas une question d’adoption mais une question d’abandon. Or les barrières à l’abandon sont hautes.

– Les individus les plus avancés sont souvent « détachés du monde » et ont du mal à comprendre que leur attitude n’est pas générale. Je comprend par exemple que la panne Google n’affecte que peu les multi-tâcheurs qui de toutes façon passent d’une tâche à l’autre, mais la majorité des employés d’entreprises « normales » ne sont pas dans cette situation, seule une infime minorité l’est.

D’où le lien vers la productivité. Nous sommes au bord d’une nouvelle révolution dans la productivité et je pense comme Luis qu’il faut en revoir la mesure et en analyser les implications.

La productivité individuelle est en cours d’explosion, comme le cas du multi-tâcheur le montre pour cette minorité, et il est vrai que cette explosion se passe aussi dans l’entreprise grâce à des changements moins brutaux que le web2.0 pour tous mais dont l’efficacité est démontrée.

Elle se passe aussi au niveau sociétal ou chacun de nous gagne des heures considérables à ne plus faire la queue à la gare pour un billet, à la Fnac un samedi après midi pour acheter un disque ou un appareil photo.  Ces heures ont un bénéfice social et économique important et non mesuré (sauf par la productivité globale des facteurs mais encore de façon très imparfaite).

La plus grande implication est de se poser la question de « qui va faire les frais de la productivité »? En effet tout gain de productivité libère des ressources. Si celles ci peuvent être affectées à d’autres choses, parfait, tout le monde y gagne. Si pour diverses raisons cette réallocation fonctionne mal ou pas on assiste à l’exclusion de certains individus de l’écosystème productif.

Les gains de productivité des dix dernières années se sont surtout manifestés par des pertes d’emplois pour les moins qualifiés. Si les gains actuels perdurent et de manière analogue (et il n’y a aucune raison de croire au contraire que cela ne sera pas le cas), la question est alors de savoir qui seront les « moins qualifiés » de demain? Et les implications sont donc dans les politiques sociales de formation, d’éducation, d’encouragement à l’entrepreneuriat et de progression des entreprises vers de nouveaux modèles organisationnels.

Le débat et surtout les enjeux sont d’importance puisqu’il signifie que d’une adaptation plus ou moins rapide des entreprises et des systèmes sociaux aux nouveaux enjeux de management peut surgir non seulement un delta dans la compétitivité des entreprises mais dans celle de notre système social en général.

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