Maximiser l’impact stratégique des réseaux professionnels

le 29 juin 2009 par


Compte Rendu rapide de l’atelier i-expo du 18 juin 2009 sur « Maximiser l’impact stratégique des réseaux professionnels », animé par l’Institut Boostzone et avec comme invités Pascal Morand, DG du groupe ESCP Europe, Christophe Labarde, DG Association des anciens HEC, Jean Joseph Boillot, économiste et fondateur de l‘EIBG (Euro India Business Group), Philippe Boyer, PDG de Réseau Idéal.

 

L’atelier s’est centré sur son thème dont chacun des mots est important comme il a été rappelé en introduction. L’ IMPACT parce que les réseaux vont changer la stratégie et le management ; STRATEGIQUE car la stratégie est la science de l’allocation des ressources rares et celles d’aujourd’hui sont les hommes les savoirs et le temps ; DES car chacun d’entre nous est au cœur de multiples appartenances ; RESEAUX car les réseaux s’imposent comme le nouveau media social ; PROFESSIONNELS car un réseau d’amis n’est pas a priori identique à un réseau de collègues (ou non ?).

L’atelier a donné lieu à des échanges exceptionnels. Tout progrès vient souvent plutôt des questions qui sont soulevées que des débuts de réponses qui y sont apportées. Ce CR met donc l’accent sur certaines des questions qui ont été soulevées, sans ordre particulier et sans attribution de contributions aux différents intervenants tant la richesse des échanges serait difficile à traduire.

L’Institut Boostzone va lancer en septembre 2009 un séminaire de réflexion sur certains de ses sujets, cet atelier en constitue une remarquable introduction.

Un travail important de définition reste à fournir

Le mot réseau professionnel est un mot « valise » dans lequel chacun met un peu ce qu’il veut et il recouvre plusieurs réalités. Pour les uns, un réseau tire sa racine de l’émotion que les membres ont de par leur histoire commune (avoir fait HEC). Pour d’autres, c’est l’ensemble des réseaux qui gravitent autour de l’écosystème d’une organisation, des fournisseurs aux clients. Pour d’autres encore, un réseau professionnel tire sa dynamique d’un métier (les pompiers, les cadres du marketing). Pour d’autres enfin, c’est  une communauté d’intérêts professionnels divers mais « rassemblés » autour d’une problématique commune avec des liens plutôt faibles entre les membres à la façon d’un simple annuaire mais qui peuvent devenir forts entre certains membres à certains moments.

En bref, il est important de distinguer les réseaux et communautés (et entre ces deux mots la confusion est encore souvent grande) par leur valeur ajoutée — par exemple quant aux valeurs qu’ils représentent et dont ils ont besoin pour fonctionner et notamment la solidarité, la confiance, le dynamisme — ou par les objectifs qu’ils poursuivent et notamment l’influence ou le pouvoir, ou encore par les activités qu’ils organisent. Cela dit l’étanchéité entre les concepts est loin d’être parfaite et chaque réseau professionnel a sa propre identité et ses propres composantes mais dans tous les cas ils ne peuvent exister que s’il y a un «lien» entre les membres.

La notion de réseau servant à «casser» les communautés a aussi été abordée, de façon très intéressante, en montrant qu’un réseau autour d’un intérêt commun peut aussi permettre de rapprocher des individus dont les autres centres d’intérêts peuvent être très divergents et ce faisant d’améliorer l’intelligence (au sens ouverture d’esprit) collective des membres en créant les conditions d’une certaine « serendipity ».

On mentionna aussi une distinction intéressante entre les réseaux dans lesquels on entre parce que l’on est «arrivé» (comme Le Siècle) et ceux que l’on utilise pour «arriver».

Parmi les autres questions nouvelles et quelque peu provocatrices on peut noter :

  • Un réseau ne comportant que des «passagers clandestins» (c’est à dire des utilisateurs non contributeurs) est il viable?
  • En quoi un réseau nous rattache-t-il au passé ou à l’avenir, ou aux deux?
  • Quand un réseau cesse-t-il d’être un réseau de personnes pour devenir une base de données servant à créer de la capitalisation boursière pour ceux qui le contrôlent?
  • Les mauvais réseaux chassent ils les bons comme en termes de monnaie, ou le contraire?

L’articulation des réseaux internes et des réseaux externes reste à déterminer plus précisément ; les implications sociologiques et managériales sont considérables

Alors que les individus ont tendance à confondre allègrement leur vie privée et leur vie professionnelle, comme en atteste le fouillis des réseaux d’»amis» sur Facebook, les organisations ont le devoir d’être vigilantes et de fournir des lignes de gouvernance. L’impact sur le jeu des marques d’employés (Personal Branding) et des marques d’employeurs peut être important. Il en est de même des questions de confidentialité et d’appartenance. Par exemple quand un groupe professionnel interne est créé sur Linkedin, la question du contenu et de sa confidentialité n’est pas triviale, surtout au moment où l’un des membres quitte l’entreprise mais conserve l’accès à ce réseau ou cette mini communauté «privée».

L’interconnexion et l’interdépendance des réseaux et communautés professionnels internes et externes entre eux et avec les réseaux d’essence personnelle sera l’un des facteurs de la sociologie des organisations les plus complexes à régler dans les prochaines années. Quelques exemples ?

  • Les concepts d’individus marginaux sécants ou d’individus multi appartenances vont devoir être creusés à nouveau dans ce contexte à la fois quant à leurs implications pour les individus et celles pour les diverses organisations auxquelles ils appartiennent.
  • De même pour la façon dont les codes sociaux sont en train de pénétrer dans les réseaux sociaux ne serait ce que par hygiène sociale. Comment gérer par exemple les salutations, le respect, la politesse, etc.? Comment gérer, dans un univers de communication désormais dominé par le verbal et l’écrit, l’important élément de vie en société que constitue le non verbal, le non-dit ? Les codes du non-dit doivent être en partie réinventés.
  • De même, dans un débat un peu élargi, faut il s’interroger sur la place que vont prendre les bandits, les escrocs, les pervers, les voyous, les immatures dans ce nouvel univers.
  • La «peopleisation» qui se développe (n’importe qui peut être «ami» avec Obama), ou encore la prolifération des egos inflatés (raconter des choses sur soi sans intérêt pour les autres sur Twitter fait désormais partie du bruit du web 2.0) ne peut conduire qu’à une nouvelle «normalité» sociale encore en gestation.
  • Les réseaux à la Twitter bouleversent la notion de temps, paradoxe — alors que l’on parle de développement «durable» et que l’on souhaite inscrire la planète dans un nouvel horizon temporel — que de voir des réseaux fragmenter le temps au point de ne plus permettre même la rémanence et d’ériger en valeur l’instant immédiat, sauf pour la partie «mémoire en constitution permanente et donc base de données susceptible d’être recherchées» que constituent les innombrables messages accumulés.
  • Les réseaux et communautés, sous leurs apparences de «friending» et des illusions d’amitiés sont aussi des vecteurs importants d’exclusion et de renfermement des individus sur leurs clans. Cette logique inclusion/exclusion, déjà à l’œuvre dans la société, entre dans l’entreprise à grande vitesse et recrée, de façon insidieuse, des clivages autrement plus pernicieux que ne le furent les divisions du temps des silos.
  • Quel que soit le réseau ou la communauté un certain degré de présence physique est essentiel au maintien de sa culture et à son fonctionnement pérenne. Ce degré peut être extrêmement variable mais n’est jamais nul. Quel est le bon poids de la présence physique dans un monde où les collaborateurs vont travailler de plus en plus par des contacts virtuels? Le «contact» entre les individus se» digitalise» comme celui qui existait entre un orchestre et son public, un disque et son possesseur, une photo papier et son auteur, un journal papier et ses lecteurs, etc. Quel sera le nouvel équilibre? La réunion, même à deux devant un café, deviendra-t-elle aussi rare que le disque physique? Quelles en seront les implications?

Oui, il y a un changement de paradigme

La nouveauté n’est pas dans l’existence des réseaux ou des communautés mais dans l’étendue et la vitesse qui les caractérisent désormais ainsi que dans la mise en question qui en résulte pour la valeur qu’ils apportent (que vaut un annuaire HEC quand n’importe qui peut le retrouver sur Linkedin ou sur Facebook ? Comment conserver sous un autre jour les valeurs de solidarité et la notion de marque collective d’employé que donne par exemple un diplôme de grande école?, etc.)

Les réseaux sont un élément important de la prise de décision et donc de la stratégie.

Les réseaux sont en train de modifier l’écosystème opérationnel de l’entreprise en ajoutant leurs fonctionnalités à la panoplie des outils de travail en commun de la bureautique à la réunionite.

Quel que soit l’univers, l’impact de la «nouvelle base» que représente un réseau, ou un ensemble de réseaux, sur le processus décisionnel devient prépondérant.

De même l’importance des réseaux et communautés dans l’efficacité de l’entreprise est désormais reconnue et le progrès qu’ils peuvent apporter est incontestable même si nul ne sait encore la forme nouvelle d’organisation que cela va apporter. Un exemple intéressant est celui des PME en réseaux en Italie ou en Inde, cœur des systèmes de production pré internet, et qui peut nous indiquer, au moins en direction, où les grandes organisations pourraient aller dans l’avenir si elles pouvaient se considérer comme des conglomérats de réseaux.

Ce CR ne reflète que pauvrement la qualité des débats. Il montre néanmoins l’étendue des concepts à creuser et l’intérêt qu’ils représentent.

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