Le Crowdsourcing, un mot barbare, un concept « fondateur », une nouvelle « technologie sociale »

le 26 mars 2012 par


Le crowdsourcing, c’est ce moyen qui permet d’aller chercher sur Internet – presque comme s’il s’agissait d’informations sur Google – des ressources de travail, d’innovation, de recherche. Il s’agit donc d’une technologie car elle repose sur l’Internet des interactions, et elle est « sociale » car elle repose sur les réseaux et les connections entre les individus.

Cette technologie sociale est « fondatrice » car elle a déjà commencé à changer un nombre important de modèles d’affaires (business models). Quelques exemples parmi des légions:

  • La distribution de petites tâches à des milliers de petites mains, comme par exemple remplir des données ou tagger des photos, l’un des spécialistes mondiaux est Amazon Mechanical Turk
  • La distribution de tâches plus sophistiquées à plusieurs prestataires « concurrents » qui permet au donneur d’ordre de retenir et de payer seulement la meilleure proposition. L’un des spécialistes est Topcoder.
  • La recherche de la résolution de problèmes scientifiques de haut niveau sans avoir les chercheurs. L’un des pionniers en est InnoCentive. Le principe est parfois appelé Open Innovation.
  • La recherche d’experts de haut niveau que l’on peut utiliser à l’heure, etc. GLG group est un des plus connus.
  • La recherche sociologique ou économique ou encore politique qui aujourd’hui peut se faire sur des bases de données existantes (comme par exemple quand des recherches sur Linkedin permettent d’identifier des tendances du marché du travail, ou quand des recherches sur Twitter permettent d’identifier des tendances sociologiques ou politiques) ou sur des populations volontaires pour répondre à des questionnaires ou participer à des tests. Des études de sociologie qui autrefois coûtaient des milliers d’euros en rémunération de cobayes sont désormais faites pour quelques centaines d’euros, à des échelles nettement plus grandes et dans un temps nettement plus court.
  • La recherche de financements, particulièrement importante pour les ONG, des artistes, des partis politiques (aussi appelé souvent crowdfunding).
  • La recherche de fournisseurs de produits et services.

Ainsi le crowdsourcing va t-il permettre de réduire les coûts, augmenter la productivité, améliorer l’innovation.

Il permet notamment :

  • De mondialiser la force de travail d’une façon inconnue jusqu’alors,
  • De faire appel à l’économie du don et de la contribution d’une façon qui peut sérieusement déranger l’économie marchande traditionnelle, de jouer sur la notion de compétition, de jeu, qui permet d’améliorer des résultats ou des idées sans avoir à investir financièrement.
  • Pour les entreprises petites, voire très petites, de disposer d’outils dont la puissance était jusqu’à présent réservée à des grands groupes
  • Pour des individus isolés par la géographie ou l’infirmité de participer activement à la vie économique.
  • Pour des individus de se former grâce à l’accès à des bases de formation, souvent gratuites, désormais d’un niveau élevé et omnidisciplines. Voir par exemple le catalogue impressionnant de Kahn Academy.

Mais c’est l’une des technologies qui nous peut nous noyer ou nous « augmenter ». Elle est relativement complexe à manipuler (dans ses usages, peu dans ses technologies).

Pour y voir clair l’Institut Boostzone organise une réunion de travail, un business breakfast, sur le sujet le 3 mai  avec Ross Dawson [1],
ATTENTION LE NOMBRE DE PLACES EST TRÉS LIMITÉ!(inscriptions ici ).

Ross est le fondateur d’un think tank australien très proche dans ses finalités de l’Institut Boostzone et l’auteur d’un récent livre sur le crowdsourcing  « Getting results from Crowdsourcing » qui est une excellente introduction au concept et à ses implications managériales. (Le livre sera distribué lors du business breakfast du 3 mai )

Cette technologie aura aussi des conséquences économiques encore difficiles à cerner notamment sur les plans :

  • Du coût du travail car il va se produire un arbitrage des coûts de travail à l’échelle mondiale pour un nombre croissant de savoir-faire.
  • De la propriété intellectuelle car il devient difficile de vérifier que des informations, des lignes de code, des idées sont vraiment originales ou ont été extraites de bases protégées par les participants à des tâches outsourcées : confiées en crowdsourcing.
  • De la confidentialité car des experts peuvent lors d’un entretien avec GLGGroup par exemple laisser filer des informations qui devraient rester secrètes
  • Du contrat de travail car des chercheurs ou des programmeurs par exemple qui travailleront en parallèle depuis leur lieu de travail sur des projets de crowdsourcing se mettraient en situation illégale.
  • De la quantité de travail car d’une part le crowdsourcing permet à beaucoup d’accéder au marché du travail mais dans le même temps réduit l’espace de certaines professions (les journalistes, les photographes sont déjà concurrencés par des free lance, parfois gratuits, parfois de qualité ; de nombreuses autres professions, pratiquement toutes celles qui peuvent se pratiquer à distance, le seront très bientôt)
  • De la qualité du travail car certaines ressources pour lesquelles existent aujourd’hui des disparités de demandes et de disponibilités (mismatch) pourront désormais aussi être arbitrées en quantité, par exemple pour des designers, des programmeurs, des télévendeurs, etc. Bien sur cet arbitrage quantité s’ajoutera à l’arbitrage prix.

Le crowdsourcing n’est pas nouveau, en 1714 quand un concours fut lancé pour que quelqu’un invente un moyen de calculer la longitude, ce n’était rien d’autre que du crowdsourcing d’innovation. Depuis la masse, la vitesse et la transparence d’Internet ont donné à tous les moyens de proposer et de concourir. Voir à ce sujet le schéma historique de Ross Dawson ci dessous (cliquer sur ce lien pour le voir en grand).

Les implications pour le management augmenté sont multiples. Il faut que les managers apprennent à :

  • Maîtriser cette technologie à la fois dans ses aspects techniques et dans ses aspects sociaux et juridiques ;
  • Maîtriser les nouveaux usages qu’elle va permettre et voir en quoi elles peuvent bouleverser le business modèle de son entreprise, les procédures et process en place mais aussi sa façon personnelle de travailler ;
  • Comprendre comment gérer des équipes dispersées dont, dans des cas de plus en plus nombreux, il ne connaît même pas le nom des membres (le concept de swarm work, est justement ce qui désigne ces travaux fait par des essaims de contributeurs) ;
  • Comprendre que le crowdsourcing prolonge la hiérarchie horizontale vers l’extérieur de l’entreprise puisque la relation entre les experts internes et les experts externes n’est pas basée sur une hiérarchie verticale mais sur une hiérarchie de compétences ou de réputation.
  • Comprendre que l’entreprise devient de plus en plus transparente et que ses limites entre interne et externe deviennent de plus en plus diffuses comme si l’entreprise devenait une bouteille de Klein (comme décrit dans l’ouvrage La nature fractale d’entreprise 2.0)
  • Identifier les évolutions du crowdsourcing et leurs impacts sur la dynamique sociale et économique.
  • Notamment comprendre comment l’arrivée de nouveaux communs du savoir (les bases de données de Linkedin ou de Twitter par exemple) ouvrent des horizons nouveaux à la recherche qu’il s’agisse de la sociologie, du marketing, de la finance.

 

 


[1] Si votre entreprise est intéressée nous pourrions organiser des ateliers de travail privés avec Ross le 2 ou le 3 mai après midi, nous contacter.

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