Comment bénéficier du potentiel des MOOCs ?

le 21 janvier 2014 par


Présentés comme l’avenir de la formation, les MOOCs interpellent les entreprises et les universités, qui sont nombreuses aujourd’hui à développer ou souhaiter développer une stratégie MOOC. Pourtant, l’efficacité d’un MOOC nécessite une alchimie complexe, loin du mythe selon lequel il suffirait de diffuser un module de formation on-line, de bien le marketer et d’enregistrer des centaines de milliers de visiteurs uniques… Que 450 000 individus se connectent à un MOOC est formidable, mais le vrai succès serait que plus de 10% d’entre eux restent connectés jusqu’à la fin de la session et en retirent le savoir promis, information qui est aujourd’hui peu « tracée »…

 

En 2013, l’Institut Boostzone a réalisé divers travaux de recherche et analyses, entre autres en coachant une équipe d’étudiants MBA de l’EDHEC qui ont réalisé une centaine d’interviews sur tous les continents auprès d’experts de l’éducation et des MOOCs, de professeurs, étudiants, responsables d’universités d’entreprises, chercheurs …. Le croisement de nos travaux avec ceux de l’EDHEC nous a permis d’identifier un certain nombre de planètes qui doivent être alignées pour réussir un MOOC.

Planète économique : attention à la poule aux œufs d’or…

Dans de nombreux pays matures, notamment aux Etats-Unis, les étudiants surendettés font face à des dépenses d’éducation en forte progression. Parallèlement, la forte croissance économique des pays émergents crée un appel d’air pour former rapidement et à moindre coût un nombre très significatif d’individus. Pour toutes ces populations, l’accès aux cours via le Web constitue une opportunité d’accès à l’éducation malgré les difficultés financières. Or, après une période d’essai gratuite, l’offre de MOOCs devient souvent payante. D’une part il n’est pas certain que les utilisateurs suivent, d’autre part comment les producteurs échapperont-ils aux déboires de téléchargement illégal qu’ont eus les sites payants de vidéos et musique en ligne ? Permettre aux MOOCs de gagner de l’argent est légitime, mais le modèle reste à trouver…

Planète collaborative : on l’a un peu oubliée, non ?…

Le développement du collaboratif dans le monde de l’entreprise et la société civile a été un des éléments fondateurs des MOOCs, où l’apprentissage collaboratif, l’enrichissement mutuel d’expertises et de savoirs entre participants en mode synchrone ou asynchrone était sensé être prépondérant. Pourtant, une part croissante de l’offre MOOC a dévié en e-learning traditionnel où le collaboratif a disparu… (ce que l’on appelle les « x-MOOC »). A terme, cela risque de détruire ce qui faisait tout le potentiel de développement du modèle.

Planète technologique : des disparités demeurent à court terme

Dans la plupart des pays développés et dans les grandes agglomérations des pays émergents, les infrastructures technologiques permettent des débits de plus en plus rapides et un accès aux cours on-line « où je veux, quand je veux, avec l’équipement que je veux ». Les technologies permettent également de créer des marketplaces pédagogiques, futures « Amazon » de la formation (avec évaluation des cours comme sur Trip Advisor), d’individualiser les cours grâce au potentiel Big Data permettant de parvenir au « Development to One ». Quelques handicaps doivent toutefois être surmontés pour concrétiser cette vision :

  • Un bon MOOC est un MOOC vivant, interactif, impliquant l’accès facile à quantité d’outils de partage (documents, présentations, films, …). Or ceci est souvent freiné voire rendu impossible par les firewalls des entreprises. Ne nous leurrons pas, celui qui s’inscrit à un MOOC ne reviendra plus si à chaque fois qu’il se connecte il doit franchir plusieurs obstacles fastidieux avant de pouvoir enfin bénéficier de sa formation… ;
  • Dans les pays émergents il existe encore de nombreuses régions où les infrastructures sont de mauvaise qualité. Par ailleurs, plusieurs grandes puissances émergentes vivent sous démocratie limitée, avec une censure du Web qui ralentit fortement le débit de connexion : un handicap pour les MOOCs où la vidéo et l’interaction sont souvent très importantes. Sans compter les pays qui développent leur propre réseau internet (l’Iran par exemple), llmitant d’autant le facteur « Massive & Open » du MOOC à échelle mondiale…
  • Enfin l’accès à l’Internet se fait de plus en plus par des supports mobiles, téléphones ou tablette, or beaucoup de MOOCs sont encore conçus pour des écrans d’ordinateurs, il faudra que les concepteurs intègrent mieux dans leur ergonomie la dimension Internet mobile.

Planète « mode d’apprentissage » : le virtuel n’est pas adapté à toutes les formations…

Certains apprentissages ne peuvent se passer d’interaction synchrone en mode présenciel, c’est notamment le cas des sujets particulièrement complexes et/ou de ceux où le débat, le partage d’idées avec une composante émotionnelle forte sont essentiels. De fait, si certaines matières se prêtent parfaitement au MOOC « pur » (= 100% mode Web), à l’inverse d’autres nécessiteront un modèle dit « Blended » (apport théorique en mode Web, discussion / échanges / applications pratiques / coaching en mode présenciel)

Planète « format » : le MOOC n’est pas un copier/coller du présenciel au virtuel

Les modules e-learning qui échouent souffrent la plupart du temps d’un format linéaire, un simple copier/coller du cours traditionnel mais avec une caméra. Or, de même que le web mobile a mis beaucoup de temps à décoller car les pionniers se contentaient de reproduire à l’identique leur site Web « fixe » sur un téléphone mobile, les producteurs de modules e-learning se contentent la plupart du temps d’une caméra face à un conférencier ou de la mise à disposition d’un Powerpoint, sans adaptation du format pédagogique au mode e-learning : somnolence ou décrochage de l’utilisateur garanti ! Il est capital, pour le succès d’un MOOC, que celui-ci soit conçu sous un format pédagogique ad-hoc, avec notamment une part significative de collaboratif, de partage réciproque des expertises et savoirs, en mode synchrone ou asynchrone.

Planète « motivation » :

Pour capter l’utilisateur sur la durée, un MOOC doit tout d’abord correspondre à un choix volontaire. Parmi les personnes qui ont participé à notre étude, ceux qui ont suivi un MOOC jusqu’au bout du cursus l’ont fait dans des domaines critiques pour leur carrière, ou relevant d’une passion personnelle. On observe ici le même phénomène que pour les plateformes collaboratives : « j’y vais si cela m’est utile concrètement pour un objectif très précis et avec un ROI personnel à court terme». Si cette motivation n’existe pas et que par ailleurs le format du MOOC est linéaire, copié/collé d’un cours traditionnel : forget it ! D’autres planètes doivent être alignées avec celles-ci-dessus : diplôme reconnu, certification,  levée des barrières linguistiques et de la difficulté de trouver le temps de se former, … Mais celles-ci ne diffèrent pas des problématiques usuelles du monde de la formation traditionnelle. Bien entendu, l’entreprise peut ne voir dans le MOOC qu’une simple stratégie financière (former à moindre coût, peu importe le résultat), de même pour l’université (engranger des revenus additionnels en diffusant des MOCCs payants). Mais si elle développe des MOOCs dans le but de proposer à ses collaborateurs des méthodes de formation innovantes, efficaces, alors elles doivent s’atteler à ce que les planètes ci-dessus soient parfaitement alignées.

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