Faire face à des créations d’emplois massives

ecrit par Dominique Turcq

Alors que le chômage augmente et que l’automatisation et la robotisation font peur à beaucoup quant au maintien de leur job, il peut paraître iconoclaste de prétendre qu’il faut se préparer à des enjeux massifs de création d’emplois. Pourtant les signes sont là. Le besoin en emplois va être considérable, comment s’y préparer ?

Les entreprises comme les start-up, les restaurateurs, etc. le savent bien. Pour de nombreux employeurs le problème paradoxal n’est pas le fait qu’il y a trop de chômeurs mais qu’il n’y a pas assez de candidats. Dans certains cas c’est un phénomène social car des chômeurs pourraient occuper des emplois mais rechignent à certaines conditions de travail, de localisation ou de rémunération (cas de la restauration par exemple). Mais le plus souvent c’est d’un manque de savoir-faire qu’il s’agit. Des compétences sont (vraiment) rares et notamment dans des domaines où la technicité est élevée. Un phénomène identifié depuis plus de quinze ans sous le nom de « talent mismatch ».

En parallèle se multiplient des discours alarmistes sur la robotisation et l’automation qui pourraient supprimer des jobs. Sur un argument juste – les robots permettent de remplacer du travail humain – les Cassandre tirent le raisonnement faux que les jobs pour humains vont disparaître. S’il est vrai que l’automobile a remplacé de nombreux véhicules hippomobiles, leurs chevaux et leurs cochers, elle a aussi créé une formidable industrie ayant généré des millions de jobs sur un siècle entier.

Les sources d’emplois se voient déjà

Toutes les grandes inventions, de la machine à vapeur aux chemins de fer, au moteur à combustion interne, l’électricité, l’aéronautique, la radio, la télévision, le phonographe, l’ordinateur personnel, l’Internet, etc. ont créé des emplois par millions, directs ou indirects et notamment parce qu’ils ont tous nécessité des infrastructures de production, de services, de maintenance, d’éducation qui seraient apparues comme de la science fiction si on avait pu les imaginer.

Les bouleversements technologiques actuels sont de la même veine. Seuls ou combinés ils vont générer des infrastructures physiques, intellectuelles, logicielles, humaines considérables.

Préparer le retournement de la courbe en U

On les voit déjà mais on regarde surtout- phénomène du verre à moitié vide- leur impact sur les anciennes infrastructures. On voit que des jobs disparaissent ou sont menacés, que des étudiants se disent qu’ils ne sont pas prêts, que des employés réalisent qu’ils vont bientôt être obsolètes. Le passage d’un jeu d’infrastructures à un autre est complexe, douloureux et peut prendre des décennies. Nous n’avons pas encore vu clairement les chiffres de la création d’emplois à venir, ou si peu, que nous avons du mal à nous rendre compte de ce qui va arriver.

Que nous dit le verre à moitié plein ? Au risque de paraître comme un auteur de science fiction, il nous dit par exemple que les autoroutes et toute l’industrie du transport vont être changées par les automobiles autoconduites et électriques, par les informations qui vont y circuler, etc. ; que les milliards de capteurs qui s’installent partout sur la planète vont générer des informations et des besoins de toutes sortes dont on perçoit à peine les prémices à ce jour ; que la combinaison des nouvelles énergies et des technologies du bâtiment va changer la façon même de penser et de construire des bâtiments ; que les avancées en biologie, en climatologie, en micro management de l’eau, en géolocalisation, en chimie et en énergie vont bouleverser l’agriculture ; que l’accès universel à Internet et la digitalisation des contenus vont permettre à l’éducation, la consommation, la création, d’être des phénomènes à la fois incroyablement globaux et incroyablement locaux. Bref que des jobs sont à nos portes pour répondre à ces nouveaux développements et qu’ils sont nombreux.

Un effort massif sur les savoir faire

Certes ils ne sont encore là que par bribes et il est difficile de les quantifier mais on peut s’y préparer. Ils vont, très vite, demander de la formation continue massive, une stratégie sophistiquée de re-calibration des savoir faire, une planification de la main d’œuvre d’une grande complexité, la mise en place de combinaisons hommes-machines encore inconnues, etc.

Les DRH sont et seront de plus en plus au cœur de ces transformations, il leur faut faire entendre ce message à leurs directions, aux partenaires sociaux. Ils ont besoin de donner du sens, de l’espoir, mais le tout dans un contexte de danger et d’incertitude où chacun a plutôt tendance à vouloir protéger sa situation présente. Là est le plus grand danger car ne pas s’ouvrir c’est mourir. N’oublions pas que c’est Kodak qui avait inventé l’appareil photo numérique…

 

Cet article est également paru dans le n°55 de la revue RH&M

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