Le digital, savoir quel tiroir tirer !

le 25 novembre 2014 par


Le digital est l’un des mots-valises les plus luxueux du vocabulaire managérial récent. Ce n’est pas un mot-valise, c’est un mot-malle Louis Vuitton. Il est si riche et si noble qu’il est même entré au Comex de nombreuses entreprises avec une nouvelle fonction qui porte l’attribut digital sous diverses dénominations, directeur (trice) du digital, de la transformation digitale, de la mutation numérique, Chief Digital Officer, etc. Mais de quoi s’agit il finalement ?

Le digital peut concerner un grand nombre de domaines très différents

Selon les entreprises les priorités se portent sur un tiroir de la malle plutôt qu’un autre.

Dans beaucoup d’entreprises, on se focalisera sur les nouvelles formes de la relation client, les méandres multicanaux des parcours clients, leur connaissance et la prévisibilité de leurs comportements. Les implications sont dans la publicité ciblée, la relation plus directe et émotionnelle notamment par les réseaux sociaux, l’importance renouvelée de la relation SAV, voire le traitement de la réclamation, et surtout la distribution par internet et le m-commerce.

Dans d’autres, la priorité sera donnée aux nouveaux moyens d’innovation, qu’il s’agisse de technologies fortement digitalisées comme l’imprimante 3D ou que l’on songe à des moyens nouveaux d’accès à la création, issus de la digitalisation de la société, comme le crowdsourcing, l’open-source, etc.

Dans d’autres encore, on parlera de la modification profonde des produits surtout quand ils se dématérialisent entièrement (la musique, les livres, les appareils électroniques comme le GPS absorbés par des Apps, les documents) mais aussi dans tous les cas où le digital amène des changements dans les business modèles (comme le tourisme par exemple Airbnb, les low-costs, l’économie quaternaire par exemple Autolib, les objets connectés)

Dans d’autres encore c’est le Big Data qui sera à l’honneur, pour les propres usages de l’entreprise comme la prévision, l’analyse, ou en tant que produit en lui-même.

Souvent il s’agira aussi des RSE (Réseaux Sociaux d’Entreprise) c’est à dire de la révolution collaborative dans l’entreprise, pour son efficacité, son pouvoir motivant et comme source d’innovation.

N’oublions pas ceux pour qui le digital est synonyme d’amélioration des process internes ou externes, de la logistique à la fabrication, la distribution, la relation avec les fournisseurs, les processus RH (le recrutement, le développement, notamment par les MOOCs, etc.)

N’oublions pas non plus ceux pour qui le digital est d’abord un changement profond des S.I., bouleversés par l’arrivée des BYOD, des SAAS, voire de l’arrivée de Facebook sur les ordinateurs et son cortège de risques de sécurité.

Enfin, et ce n’est pas le moindre sujet, le digital peut aussi être la clef d’entrée dans de nouvelles façons de travailler, du travail à distance, à la valorisation de la curation, à l’organisation du travail en hiérarchies horizontales, à la révision profonde du rôle du manager, à l’aménagement des bureaux, au stockage des documents, etc.

Un CDO (Chief Digital Officer) au Comex est intéressant à court terme, aberrant à long terme

Quand on regarde ces aspects ô combien différents et le fait, évident, que le digital concerne le moindre recoin de l’entreprise, il est clair que la place au Comex d’un CDO n’a de sens que comme un camp de base qui permettra aux autres de faire l’ascension de l’Everest digital. À plus long terme il sera aberrant d’y être car le digital bouleverse tout, comme un tsunami et c’est donc à toutes les fonctions et toutes les unités de se mobiliser pour s’y adapter et en faire un avantage compétitif.

Le point commun entre les tiroirs : la stratégie RH de digitalisation des hommes

En réalité, le seul point commun entre les tiroirs du digital est que le capital humain de l’entreprise doit être enrichi, modernisé. Pour cela il faut améliorer la définition (qu’appelle–t-on digitalisation de la main d’œuvre : la venue massive de geeks ou l’adaptation de chacun à un monde digitalisé ?) ; il faut définir la mesure (quel est le degré de digitalisation actuel, souhaité ? quels sont les axes prioritaires ?) et il faut surtout intensifier les investissement dans les hommes et leurs compétences. Le capital humain a rarement aussi bien porté son sens d’un « capital » qu’il faut entretenir et développer.

La digitalisation de la ressource humaine est un enjeu stratégique. Quelle que soit la place du DRH par rapport au CDO, la bataille de la transformation digitale passera d’abord par les hommes.

4 réflexions sur « Le digital, savoir quel tiroir tirer ! »
  1. Tout à fait d’accord sur la conclusion et l’important du capital humain !
    Capital à développer, ou a acquérir en externe si cela s’avère nécessaire. Les « Digital Natives » sont nombreux et difficile à engager dans des projets d’entreprise à long terme, cela va représenter un véritable challenge RH car ce sont eux qui seront le plus fort levier de la transformation.

    N’oublions pas que la Digitalisation est l’impact sur les entreprise du fait que les gens et les objets sont désormais connectés en permanence, et si cela est nouveau pour certains c’est naturel pour d’autres, les Digital Natives.

  2. Tout à fait d’accord avec votre conclusion sur le capital humain.
    Il faut investir sur le CH en interne ou en externe en attirant les « Digital Natives ». Ce qui représente un véritable challenge pour les RH afin de leur proposer des parcours/management adaptés.

    N’oublions pas que la Digitalisation est l’impact sur les sociétés du fait que les gens et les objets sont connectés en permanence. Et si cela est nouveau pour certains d’entre nous, c’est en fait naturel et ordinaire pour les Digital Natives.

  3. merci pour ce point de vue tout à fait juste de l’importance en ce moment d’un rôle de CDO dans le comex de nos organisations au moment où celles ci doivent opérer d’importantes mutations business et organisationnelle liées à cette révolution numériques.
    Est ce que cette fonction, telle la fonction de Chief Learning Officer, n’a pas vocation à se renouveller en termes de contenu (en fonction de l’évolution des strategic capabilities)? sa position maintenue en central permettant de s’assurer que les outils/methodes/approches sont consistentes au travers de l »organisation et de continuer à nourrir la culture digitale spécifique de l’organisation en fonction du métier dans lequel elle opére?
    Oui c’est avant tout une aventure humaine et culturelle, et les RH sont légitimes pour s’en saisir!

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