Soyons Bisounoursicide et Cassandricide

le 1 avril 2015 par


Les nouvelles technologies, les nouveaux comportements sociaux peuvent paraître « sympas ». Ils le sont souvent. On peut aussi, tel Cassandre, en dénoncer régulièrement les dangers. Ils en présentent. Mais n’oublions pas, que « sympas » ou « dangereux », ils sont devenus  aussi, et surtout, de nouveaux instruments de gestion des hommes et des organisations.

Par construction, les nouveaux outils vont générer de nouvelles relations au travail, à l’autorité, aux autres qu’ils soient collaborateurs, partenaires de travail ou simplement relations professionnelles plus ou moins étroites. Les adapter sans une grande prudence peut entraîner des effets retours conduisant à la méfiance et à des comportements de rejets. Ne pas les utiliser peut signifier fermer la porte à de vrais progrès.

Les RSE ne sont pas bisounours

L’exemple le plus flagrant est celui des réseaux sociaux, ils sont devenus des éléments incontournables de notre vie sociale. Ils sont entrés dans l’entreprise sous forme de RSE (Réseaux Sociaux d’Entreprise). On en attend (malgré des outils d’une pauvreté affligeante par rapport à leurs homologues grand public) qu’ils créent dans l’entreprise, comme par un miracle facebookien, convivialité et collaboration. Dans la plupart des cas cela ne fonctionne que moyennement car la fonction d’un RSE, instrument essentiel du travail collaboratif, est tout sauf une fonction bisounours. La collaboration implique et entraîne de nouveaux enjeux de pouvoir, d’identité, d’échanges, de dons qui ne se maîtrisent pas du jour au lendemain, ni par les individus, ni par l’organisation et ses systèmes notamment d’évaluation. Si un RSE ne « marche » pas, car peu y vont ou encore d’aucuns le contestent, c’est rarement lui qu’il faut blâmer (sauf si son ergonomie est par trop complexe), mais plutôt l’effet bisounours qui a été à l’origine de son implémentation car ayant créé des attentes de fait aberrantes. Mais les RSE ne sont pas les seuls, loin de là, à générer des « bisounours attitude ».

HR analytics, Sharing economy, Objets connectés, etc.

L’arrivée des HR analytics (le big data en RH), amène de grandes promesses pour tous grâce à une amélioration de la connaissance des phénomènes humains de l’entreprise. On prévoira mieux le stress, l’absentéisme, la qualité des recrutements, le fonctionnement des équipes, etc. Les bénéfices seront là, sans aucun doute, mais certainement pas de façon simple, naturelle et douce.

L’économie du partage va entrer dans l’entreprise et on verra bientôt des Kickstarter internes, du partage de voitures ou de logements entre employés, des ressources humaines mises à disposition entre services pour un jour ou un projet à travers des plateformes et des places de marché, etc. Les opportunités sont nombreuses à la fois pour les individus et pour l’entreprise mais là encore seulement si elles sont considérées comme provenant de nouveaux usages à (ré)-inventer ? et non pas comme de la générosité naïve.

Les objets connectés, notamment les bracelets et autres moniteurs de santé, vont envahir notre vie quotidienne. Leurs bénéfices seront non négligeables aussi bien en termes de santé publique qu’en termes de santé collective des collaborateurs pour une entreprise. Le PDG de Yahoo l’a bien compris qui a distribué dit-on un bracelet connecté à chaque employé. Mais les attitudes et usages qui vont en découler sont encore à inventer et dépassent de loin le simple fait de porter un bracelet comptant les pas de chacun.

Conclusion

Les outils nouveaux vont permettre plus de productivité, d’engagement et d’innovation. C’est incontestable. En cela ils sont vraiment enthousiasmants, mais il faut que l’enthousiasme soit tempéré par le réalisme du monde du travail dans l’entreprise. Une déception trop grande, de par une implémentation hâtive qui conduirait à jeter le bébé ave l’eau du bain serait à tous les coups la mise en place d’un désavantage compétitif alors que le but recherché (et à juste titre) est un avantage compétitif durable .

Cet article est également paru dans le n°57 de la revue RH&M

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