Qui nommera le premier CNO (Chief Neurosciences Officer) ?

le 5 septembre 2017 par


 

Verra-t-on bientôt des Chief Neurosciences Officers, CNO, comme il a des Chief Digital Officers, CDO ? Il est fort à parier que oui, et que les DRH ne seront pas plus les candidats favoris que les DSI ne le furent pour les postes de CDO.

Les neurosciences vont entrer dans l’entreprise de façon rapide, continue et profondes au cours des prochaines années, comme le digital le fit au cours des deux dernières décennies. Il va falloir gérer cette prochaine (r)évolution un peu comme on le fit avec les CDO : nommer au plus haut niveau un dirigeant inter départements qui soit capable de comprendre les sources et d’analyser les implications de ces nouvelles technologies.

Pourquoi avons-nous des CDO ? Pourquoi les CDO ne sont pas tous issus des DSI ?

Les CDO sont apparus, principalement dans les cinq dernières années pour répondre à un vaste besoin de digitalisation de l’entreprise. Cette révolution concernait tous les processus, toutes les fonctions de l’entreprise, de la R&D à la production à la vente et aux RH — même si le marketing a longtemps dominé la pensée puisqu’on a souvent confondu relation client et digitalisation — tous les postes de travail car la digitalisation bouleversait les façons de travailler et les outils de travail.

Cette omniprésence du digital aurait pu pousser les DSI en avant, en faire des CDO. Ce n’est pas ce qui s’est passé pour une raison principale : les DSI sont d’abord un « support », une réponse, ils sont rarement une force de proposition dans des domaines qui ne sont pas les leurs, justement comme le marketing ou les RH. C’est d’ailleurs naturel, on attend d’eux qu’ils aident à innover mais l’innovation concrète et pratique vient plus naturellement des expertises terrain.

Pourquoi aurons-nous des CNO ?

Les neurosciences sont, comme le digital le fut, une force technologique puissante, englobante, évolutive et installée dans la durée. Tous les processus, toutes les fonctions, et tous les postes de travail seront concernés. Elles vont révolutionner les façons de recruter, d’évaluer, de former, de sélectionner des dirigeants, de prendre des décisions, d’être en relation avec les clients, de travailler ensemble, de générer des innovations, de motiver, de diriger (le leadership), de communiquer, de développer de nouvelles stratégies économiques et marketing, de mieux valoriser l’expérience, l’intuition et l’intelligence émotionnelle, de reconcevoir les dimensions humaines des bureaux physiques et virtuels et même les façons d’avoir du plaisir (ou du bonheur pour ceux qui préfèrent ce concept) en entreprise.

En outre, les neurosciences et l’intelligence artificielle (IA) vont avoir de nombreux points de recoupement. Ces deux disciplines sont déjà croisées sur le plan scientifique où les neuroscientifiques commencent à utiliser l’IA de façon intensive et, réciproquement, où les spécialistes d’IA s’inspirent du fonctionnement du cerveau pour faire avancer leurs technologies. Fondamentalement ces deux technologies concernent les relations entre l’homme et son intelligence, qu’il s’agisse de mieux comprendre le fonctionnement de son cerveau ou de voir en quoi des technologies peuvent l’augmenter qu’il s’agisse de son « intelligence » comme pour mieux décider ou de ses capacités cognitive (comme pour mieux mémoriser ou mieux analyser) ou de son rôle de centre de commande (comme pour les handicapés commandant leur chaise roulante depuis leurs ondes cérébrales).

Pourquoi les CNO ne proviendront pas tous des DRH ?

Il pourrait être naturel de penser que les DRH soient les mieux placés. Après tout, les neurosciences sont des sciences de l’homme au plus haut point. Mais, comme les DSI, les DRH soufrent du syndrome du « support » alors que les neurosciences vont exiger innovation, rupture avec des anciennes habitudes, transversalité, nombreux changement de processus et d’organisation, etc. Le CNO sera un talent qui devra à la fois comprendre de quoi il traite — sans nécessairement être un neuroscientifique — comprendre surtout ce qu’est le monde de l’entreprise dans sa globalité et dans son détail, comprendre la stratégie, l’organisation, les opérations. Bref il devra être un néo-généraliste, comme on l’a demandé au CDO. Il devra être capable de susciter des réflexions dans toutes les parties de l’entreprise, leur garder une cohérence et, plus encore que le CDO, en assumer les règles éthiques. Enfin il devra mener des programmes de transformation en profondeur. La tâche sera immense et complexe, mais stimulante.

Alors quelle sera l’entreprise qui nommera le premier CNO ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *