Da VID et Gol IA th, la revanche de la biologie sur l’IA et le digital

le 5 mai 2020 par


Alors que l’homme a des rêves d’hyperpuissance, de trans-humanisme, d’invulnérabilité, la nature soudain lui rappelle qu’il n’est que de l’ADN et de l’eau, fragile assemblage.

La revanche de la biologie

Tous ces discours de jusqu’à il y a deux mois sur ce digital qui transformait tout, sur cette IA qui allait tout régler, paraissent, enfin, bien niais et vains. La biologie, science fondamentale qui a bouleversé le XXème siècle en y permettant à la population mondiale de quadrupler et d’être en meilleure santé, avait été considérée comme marginale, ou plutôt comme évidente et sans mystère, sans grande interrogation, d’un intérêt moyen pour les étudiants : si un problème se présentait, évidemment elle trouverait la solution, avec tous ces Pasteurs des quatre coins du monde et toutes ces IA prêtes à se mobiliser.

Eh bien non. Et pour qu’elle réponde à de telles promesses dans le futur il va falloir investir en elle, en ses chercheurs et arrêter de n’avoir que le digital et l’AI à la bouche. Pourquoi encourage-t-on tant les jeunes à devenir ingénieurs en informatiques, à prétendre que tout le monde devrait apprendre à coder (!) et si peu à s’orienter en biologie alors qu’à l’évidence on va avoir besoin de nombre de talents en ce domaine ?

Le biais cognitif du focus

Le biais du focus, celui qui fait que l’on oublie de considérer ce qui n’est pas dans son champ central d’intérêt, a fait oublier a beaucoup que nous sommes des êtres humains, composés d’ADN et non de bits ou de qubits. Nous n’avions d’yeux que pour le digital, la réduction des couts et les « miracles » de l’IA, pas pour la biologie et la vie (sauf quand il s’agissait de fabriquer des OGM et quelques médicaments génétiques). Certes la biologie ne parle pas de réduction de couts, mais de risques, de santé, de la vie et de la mort, de manipulation génétique et, surtout, elle est bien plus complexe à comprendre que même l’apprentissage profond et les réseaux de neurones (quelle vanité de comparer des programmes d’ordinateurs et des puces de silicone à des organes aussi merveilleux que les neurones et les cellules !).

Revaloriser la discipline, remettre le digital et l’IA à leur place d’outils

Il va nous falloir apprendre, tous, à remettre la biologie à sa juste place, dominante en réalité et parfois bien gênante dans nos vies quotidiennes, bien gênante aussi sous ses aspects d’épigénétique où chacun commence à découvrir que des mutations de gènes peuvent être à l’origine de pandémies, de perturbations endocriniennes, très difficiles à comprendre et encore plus à contrôler. L’homme peut être apprenti sorcier, il l’est déjà avec les OGM, il le sera de plus en plus, et il sera aidé dans cette tâche par des outils comme l’IA et le digital, outils merveilleux, géniaux mêmes, mais seulement outils. Espérons qu’il n’oublie pas aussi l’éthique, essentielle à ces tâches.

Mais ne pas remplacer un biais du focus par un autre

Attention donc aux autres biais du focus, à ne voir que ce que cette science peut nous apporter. Beaucoup hier ne la voyait que comme une machine à fabriquer de nouveaux organismes, beaucoup aujourd’hui ne la voient que comme une machine à combattre des virus. Mais n’oublions pas qu’il a d’autres facettes à la vie, notamment l’économie. L’économie est une autre forme de vie dont les règles sont aussi complexes que celles de la biologie. La crise actuelle nous force à confronter ces deux domaines, la santé et l’économie, de façon brutale mais essentielle. Ménager l’un et l’autre devient un acte politique qui était imprévu et devenu évident.

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Sus aux tireurs de leçons du virus qui voient tout et son contraire mais ne voient pas le caractère vital de la recherche scientifique fondamentale en biologie pour les décennies à venir. Sus à ceux qui ne voient que les bouleversements que ses manifestations naturelles (car la biologie est d’abord la vie, ensuite une science) nous amènent à vivre. Et vivent ceux qui vont lui trouver sa place, lui reconnaitre son importance dans l’entreprise et la société, comprendre ses liens avec l’écologie et notre modèle économique. Vivent ceux qui vont orienter leurs enfants vers des carrières scientifiques non plus basées sur des « 0 » et des « 1 » mais sur des AGTC (les quatre lettres de l’ADN).

 

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