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Chronique à paraître dans RH&M juillet 2021 :

Alors que l’on parle tant de télétravail, de retour au bureau, de migration de certains urbains vers de petites villes, voire des villages, on oublie que la pandémie a aussi soulevé de façon plus aiguë une question centrale dans le monde du travail : le trajet. Or il devient une question stratégique d’attraction et de rétention des talents.

Les couts du transport ne sont pas ceux que l’on pense

Le cout du transport entre lieu de résidence et lieu de travail doit s’évaluer dans un ensemble beaucoup plus global que le cout financier des moyens de transport. Il est au cœur des interactions entre les « revenus du travail » au sens large (salaire, primes, avantages en nature, qualité des relations professionnelles, confort du lieu de travail, qualité des équipements, perspective de carrière, etc.) et le « cout de travailler » (fatigue, cout et pénibilité des transports, stress, cout du lieu de résidence, etc.).

Le temps passé dans les transports est rarement un plaisir même s’il peut être un temps de culture ou un sas de décompression. Mais télétravailler n’est pas forcément un plaisir non plus, la crise sanitaire l’a démontré.

Et, cerise sur le gâteau, le transport est désormais une question écologique centrale dans l’esprit de tous.

Un enjeu sociétal

Reconsidérer la « valeur » du transport devient donc un enjeu sociétal. La crise du Covid a mis en lumière des choix de vie et de travail avec des nombreuses nouvelles formes de télétravail. On a même vu des digital nomads s’installer durablement en Thaïlande ou au Portugal.

Plus profondément, la question de la balance revenus/ couts mentionnée plus haut en a amené beaucoup à se reposer la question de trouver un travail équivalent plus près de chez soi, ou/et de changer son lieu de résidence. Ces choix impliquent le travail que l’on a aujourd’hui, mais aussi des dimensions très pragmatiques, au-delà des arbitrages par rapport au temps passé dans les transports, comme le « revenu » disponible par rapport aux besoins que l’on a vraiment, la valeur financière d’un travail alternatif, le caractère fongible ou non de son activité, le choix du lieu de vie et de résidence pour la famille, etc.

La société évolue, le rapport au transport aussi

Les valeurs évoluent (vouloir plus ou moins de verdure autour de son lieu de vie, accepter de polluer en se transportant) ; la fiscalité incite dans un sens ou un autre (taxe d’habitation, taxe foncière, carburants) ; l’économie impacte les budgets (coût des transports, coût du logement) ; des villes petites et moyennes re-deviennent attractives (commerces, écoles, culture, santé). Ces facteurs font évoluer considérablement les attitudes et les attentes quant à la gestion par chacun de la distance lieu de vie – lieu de travail. La crise du Covid a intensifié ces réflexions.

Vers de nouvelles stratégies RH

Les entreprises peuvent voir dans cette évolution des contraintes (couts, complexité, individualisation des contrats, équité entre collaborateurs, perte de créativité, attractivité du lieu « commun », etc.) ou des opportunités (satisfaction des collaborateurs, recours à des experts rares, nouvelle gestion des locaux, flexibilité, etc.). La question du transport est un élément clef du télétravail, elle devient un facteur stratégique d’attractivité et de compétitivité.

 

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