Par Isabelle Reyre*, 

Que ce soient les nuées d’étourneaux qui virevoltent en parfaite cohésion dans le ciel, les bancs de poissons se mouvant avec agilité dans la mer ou encore les insectes vivant en colonies, tous ces groupes manifestent de l’intelligence collective permettant au collectif d’être plus fort qu’un individu isolé. Les êtres qui collaborent ont tout intérêt à se mettre ensemble qu’ils soient oiseaux, poissons, insectes ou humains car ils tirent des bénéfices collectifs leur permettant de mieux se nourrir, mieux survivre en partageant ressources, richesses et informations.

Voyons pourquoi ce sujet est d’actualité et cette ressource essentielle à notre adaptation dans ce monde en profonde mutation. 

Qu’est-ce que l’intelligence collective et pourquoi ce sujet est-il d’actualité ?

Olivier Piazza* nous dit : « L’intelligence collective est une potentialité́ latente de tout collectif. Elle émerge du dialogue et des interactions entre ses membres lorsque – leurs besoins psychologiques fondamentaux d’autonomie, d’affiliation et de compétence sont nourris, – ils agissent de manière autodéterminée au service d’une finalité́ épanouissante commune, – ils s’autoorganisent et s’autogouvernent pour co-produire un commun ».

L’intelligence collective est un sujet d’actualité, car, comme l’écrit Peter Stenge* : « nous faisons face à des problèmes pour lesquels les organisations dominantes, autoritaires et hiérarchiques sont inadéquates ». Le changement de paradigme s’imposant, de nouveaux outils sont nécessaires.

« La société bascule d’une société centralisée, cloisonnée et organisée d’en haut vers une société en réseaux, décentralisée et dirigée d’en bas.  Cela exige un nouveau mode de gouvernance en se fondant non plus sur le contrôle, la maîtrise et la sécurité, mais sur l’insécurité, la complexité et l’adaptation constante. Ne plus se fonder sur la direction, mais sur la facilitation. » comme le partage Jan Rotmans*. Le développement des réseaux sociaux et du monde numérique en est à la fois une illustration et un accélérateur.

De la facilitation ponctuelle au développent d’entreprises libérées ou entreprises dites opales, l’expression de l’intelligence collective prend corps de manière ponctuelle ou avec plus de régularité dans les organisations du travail. Ses vertus nous permettent de composer avec le meilleur de l’homme, encore faut-il des conditions favorables à sa manifestation.

Quelles sont les conditions nécessaires à l’expression de l’intelligence collective ?

Olivier Piazza nous propose un modèle s’appuyant sur 4 piliers essentiels à l’émergence de l’intelligence collective. Ils fournissent les conditions nécessaires à son expression. Revenons sur chacun d‘eux et voyons, en en quoi le communiquant interne est concerné.

Le système complexe adaptatif

Longtemps, les chercheurs ont cru qu’au sein des colonies de fourmis ou d’abeilles, la reine donnait des ordres qui structuraient l’organisation. Mais il est finalement apparu que les reines n’étaient en rien des supérieurs hiérarchiques, et que ces organisations reposaient sur l’hétérarchie, c’est-à-dire une adaptation des uns aux autres par flux permanents de communication et boucles de rétroaction. Grâce à l’auto-organisation, les individus se sentent directement concernés car ils ont une capacité d’initiative et d’action. Cette approche permet de faire grandir le système, qui est alors apprenant et capable de s’adapter, sans que ses compétences ne dépendent d’une structure centrale.

On comprend l’importance de mettre en place une organisation ascendante, dans laquelle les personnes se structurent pour décider ensemble de leurs modes de décision, ceci impliquant de faire confiance au collectif.

L’intelligence collective est donc un mode de fonctionnement et une ressource qui peut être sollicitée à des fins bien précises pour permettre à une entreprise de trouver des solutions dans toutes situations où elle est à la recherche de créativité qu’il s’agisse de travailler une nouvelle vision, de résoudre un problème ou de se projeter dans le futur. Les communicants internes ont à ce titre un rôle essentiel à jouer en apportant une méthode facilitant les interrelations dans un cadre sécurisant qui permet aux acteurs de produire ensemble un commun.

L’autodétermination

Ce courant vient de la science de la psychologie, qui étudie la motivation et l’engagement des personnes, il a donné lieu à de nombreuses recherches de terrain. Ce deuxième point d’appui à l’intelligence collective permet de constituer un cadre de sécurité tout en répondant aux besoins d’autonomie, d’affiliation et de sentiment de compétence.

Là encore la création d’un cadre de sécurité pour permettre au collectif de se mettre en situation de produire un commun dans la bienveillance et la suspension de jugement est un sujet qui concerne également le communicant interne pour qui il s’agit de véhiculer des valeurs d’interactions partagées dans l’entreprise.

Le dialogue

Avec le troisième pilier il s’agit de créer des conditions de dialogue, avec des temps et des lieux dédiés, mais aussi des règles du jeu claires. Dans cette optique, les communicants ont un rôle de facilitateurs et de codesigners à jouer. Un séminaire ou une convention, par exemple, sont des actes de design d’interaction sociale et humaine.

Il convient également de porter une attention spécifique tant aux extravertis qu’aux introvertis, indépendamment des positions dans l’entreprise, afin de prévenir tout déséquilibre ou toute forme de domination. Enfin, il importe que le dialogue aborde aussi bien des sujets de débats que des sujets émotionnels et de sens, pour que l’échange produise plus de lien vers une finalité commune.

Le bien commun

Dernier pilier, celui du bien commun. Ce champ très riche a fait l’objet de nombreux travaux, notamment ceux d’Elinor Ostrom*. Ceux-ci ont permis de comprendre comment des collectifs réussissent à s’autoorganiser, à faire des choix et à prendre des décisions par co-gouvernance pour préserver une ressource naturelle ou créer un commun. L’auto-organisation a été à la base du monde de l’open source par exemple. Nous savons nous organiser, créer un dispositif de gouvernance et produire dispositif commun pour un sujet qui nous tient à cœur.

L’identification et la préservation des valeurs communes est aussi une ressource essentielle pour les acteurs de la communication interne, ces derniers n’ayant de cesse d’assurer l’expression et le partage de ces valeurs. Le développement des entreprises à missions ou BCorp, sont autant de domaines qui attestent de l’importance du bien commun appliqué aux organisations du travail. Autant de sujets pour le communicant interne.

Quel avenir pour l’intelligence collective ?

Le monde volatil, incertain, complexe et ambigu dans lequel nous vivons désormais nécessite de savoir s’adapter en permanence pour trouver des solutions aux nouveaux problèmes qui émergent avec rapidité et créativité.

Preuve en est, la crise sanitaire a démultiplié l’expression de l’intelligence collective aussi bien au sein de la communauté scientifique qu’au travers d’initiatives populaires. Les plateformes digitales permettant à des communautés de s’autoorganiser pour trouver des solutions à des problèmes urgents nécessitant la mise en commun de compétences multiples ont joué un rôle essentiel.

Dans les trois dernières décennies avec le déploiement d’internet et des réseaux sociaux le partage d’information s’est affranchi des limites physiques facilitant l’émergence de l’intelligence collective dans des environnements virtuels. En parallèle, la connaissance du fonctionnement du cerveau humain s’est approfondie permettant une meilleure compréhension du comportement humain dans les groupes. Ainsi au-delà du quotient intellectuel il existerait un « facteur c » d’intelligence collective permettant de prédire la performance d’un groupe.

Les entreprises vont avoir de manière croissante besoin de diversité en termes d’expérience, de compétences pour permettre au corps social de faire émerger les idées et les solutions permettant de relever les défis à venir. Ceci sera possible si autonomie et capacité d’initiative sont offertes aux équipes car c’est en faisant confiance et en acceptant de la disruption et des combinaisons hybrides, en maintenant un échange et un feedback permanent que les conditions seront les plus favorables.

L’intelligence collective mieux comprise, nécessitant cet alliage subtil où l’hétérarchie, l’autodétermination, le dialogue et le bien commun se combinent a de beaux jours devant elle, la communication interne capteur, vecteur et amplificateur de messages, également, à n’en pas douter.

Isabelle Reyre, Présidente d’Arctus, Octobre 2021

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Références

Olivier Piazza : Coach, facilitateur et enseignant. Co-Directeur des D.U. Executive Coaching, Intelligence Collective & Management Université de Cergy Pontoise

Peter Stenge. La cinquième discipline, l’art et la manière des organisations qui apprennent, First Editions, 1992

Jan Rotmans : Professeur en Développement durable, Transition. Erasmus University, Rotterdam. Auteur de nombreux ouvrages

Elinor Ostrom : Prix Nobel d’économie

https://theconversation.com/comment-le-coronavirus-a-reveille-lintelligence-collective-mondiale-135465

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/l-intelligence-collective-pilier-de-l-entreprise-du-futur-833956.html

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